Escapade Bleue 1995

"Rejoindre la mer par la seule force de ses jambes en solitaire était un rêve..."

C'est en 1995, l'année de mes dix-huit ans, que l'envie de liberté m'a pris. Ajouté à cela quelque chose à se prouver, à défier aussi et le projet se réalise. En moins de deux semaines le matériel a été acheté, l'itinéraire défini...

La monture est un VTT monté de pneus lisses, d'un porte bagages soutenant 25kg de matériel (nécessaire de réparation, habits, nourriture...)

Pour la première étape je fus accompagné de ma soeur Delphine et d'un très bon copain Yves qui ont voulu participer à mon lancement sur la Route du Sud.

Pour les sept autres étapes, je fus donc seul en permanence. Le rythme quotidien était simple : lever, manger, ranger, rouler, ravitailler, s'installer, manger, coucher...

Vous trouverez ci-dessous le récit consigné dans mon carnet de bord ainsi que l'itinéraire approximatif suivi pendant ses 995,1 km.

 

Etape 1 Etape 2 Etape 3 Etape 4 Etape 5 Etape 6 Etape 7 Etape 8

 


Etape 1 Mercredi 05 Juillet 1995   SAINT PIERRE (67) - HEIMSBRUNN (68)

Départ vers 13h00 pour la première étape après les recommandations de prudence de ma mère et les "bons courages" de mon père.

Extrait de carnet :

Nous sommes à Jebsheim. Petite pause "pomme" car c'est biodégradable et ça fertilise le sol (dixit Yves). Déjà 35 km parcourus. (on se pose une pause...)

15h30 Fortschwihr : Erreur d'aiguillage. Petites explications avec la population et c'est reparti.

16h05 Sundhiffen : Arrêt.

18h10 Wittelsheim : Arrêt au Super U. 83 km parcourus, un ciel très chargé , pas seulement le ciel d'ailleurs.

Arrivée peu après à Heimsbrunn, lieu de notre nuitée.

Leçon du jour :

Comment recharger un camping-gaz : avoir toujours un Allemand sous la main parce qu'avec un Lallemand, on est pas aidé.

TAROT

Temps : 6h07

Distance : 94,4 km

Moyenne : 20,9 km/h

Total : 94,4 km

Le sommeil ne tarde pas trop et notre jeu de tarot est bien mauvais ce soir là. Demain une des plus dures étapes m'attend ; il n'est donc pas question non plus de me coucher trop tard. Le balai incessant des camions rythme la nuit.

Départ de St Pierre (premiers mètres...)


Etape 2 Jeudi 06 Juillet 1995   HEIMSBRUNN (68) - MORTEAU (25)

Réveil bien douloureux vers 7h05. Un petit déjeuner vite avalé, le dernier pris en commun pour les huit jours à venir, un brin de toilette et le rangement, tous cela pour être opérationnel à 8h45. La séparation s'effectue juste devant le camping au sommet d'une légère butte. Les salutations effectuées suivies des dernières recommandations et c'est le départ réel de l'Escapade Bleue en solitaire.

Paysage du département du Doubs

Extrait de carnet :

Lever à 7h05, départ à 8h45

Delphine et Yves reprennent le Nord tandis que moi je continue ma lancée vers le Sud. De 9h à 13h le parcours est fantastique : paysages typiques où petites routes ne cessent de se croiser. Alors il est évident qu'on prend son temps, écoutant les moindres bruits, observant ces petits animaux de la forêt qui vous passent juste devant les roues. Les montées ne se font pas sentir et les descentes sont appréciées avec un engouement certain. Mais cette ballade ludique se transforme en calvaire lorsqu'il faut passer de 350 m à 900 m d'altitude par une route à grande circulation. Alors on s'arrête, on se ravitaille au lait concentré sucré et au pain d'épices. Une fois la fameuse côte passée, une seule envie : arriver au campement. Mais l'arrivé est encore à 80 km ! Conséquence : je décide de m'arrêter 30 km avant et de remettre ce petit bout de chemin à demain.

Il faut alors s'approvisionner. Une fois la tente montée, je vais faire mes emplettes pour mon estomac : pain d'épice, Yop, une pomme, trois oranges. Au menu du soir: couscous.

Il est 20h00 : dodo.

Temps : 8h03 Moyenne : 18,5 km/h
Distance : 122,2 km Total : 217,2 km

Pour plus de sûreté dans cette ville je rentre le vélo dans la tente.

 


Etape 3 Vendredi 07 Juillet 1995   MORTEAU (25) - LAVANS LES SAINT CLAUDE (39)

Dans la descente de Morteau...

Extrait de carnet :

Petit matin : réveil dans le brouillard. Ca donne envie de se recoucher mais la route n'attend pas, debout.

Un bon petit déjeuner et en route. Le démontage de la tente se fait dans la fraîcheur et l'humidité du petit matin. Je la plie encore toute mouillée.

Après avoir effectué le premier kilomètre dans le brouillard, celui-ci se dissipe pour laisser apparaître un peu d'espoir quant à une magnifique journée. Avec mon baladeur sur les oreilles, je file sur les routes encore désertes.

La fatigue accumulée des deux derniers jours commence à se faire sentir. Mais le moral l'emporte haut la main, et c'est de plus belle que je pousse ma machine à bout pour rattraper le temps perdu de la veille. Je fais route alors pendant presque une heure avec un allemand qui se rendait en Espagne comme moi avec cet instrument magique qu'est le vélo. Il avait d'ailleurs dormi la nuit précédente dans le même camping que moi ! Enfin bref, après quelques petits échanges sur nos impressions (en anglais, attention !) nous firent route chacun de notre coté.

Le mien fût un peu hasardeux dans la mesure où lorsque j'ai préparé l'itinéraire, j'ai fais une erreur de lecture de carte ; conséquences au lieu de dormir à Saint Claude , je dors à Lavans Les Saint Claude.

Temps : 8h08   Moyenne : 21,3 km/h
Distance : 142,3 km   Total : 360,9 km


Etape 4 Samedi 08 Juillet 1995   LAVANS LES SAINT CLAUDE (39) - LAC DU PALADRU (38)

Extrait de carnet :

Lever: 6h30

Je me prépare à chercher du pain, mais le maître des lieux vient m'avertir que le petit magasin n'ouvre qu'à 7h15. Je décide par conséquent de déterminer mon parcours pour la journée. Je débute par une portion de route à grande circulation, mais vu l'heure, elle fût encore déserte. Le walkman sur les oreilles, je roule à vivre allure (30 km/h environ). La musique convenait à merveille et s'accordant parfaitement avec mon esprit cette matinée là (Sea, Sex and Sun !). S'enchaînaient ensuite U2, Noir Désir, enfin bref le moral était au beau fixe. Lors de la première ascension véritable, je rencontre un cycliste (un vieux) avec qui je fais un brin de causette. La montée était parfaitement abordable. Sur cette route déserte je faisais une propre démonstration de mon endurance. Le passage dans un tunnel fût particulièrement troublant. Celui-ci, long d'environ deux cents mètres, datait du début du siècle. Des néons de couleur orange l'éclairait et pour les voiture il était nécessaire d'allumer ses feux. Ceux-ci me manquant, je m'engouffrais dans ce trou faiblement éclairé. Le bruit de la chaîne dans le dérailleur était amplifié d'une façon surprenante. Quelques gouttes venues de la vieille voûte non étanche m'indiqua la vétusté de l'ouvrage. Je me rendis compte alors de l'humidité de la route. Je m'empressa alors de sortir de ce vieil artifice pour rejoindre l'air pur et le ciel bleu. Le reste de la promenade se fit ainsi, à longueur de petites départementales guère utilisées.

Je m'arrêta vers 13h00 pour casser la croûte et casser la faim qui commençant sérieusement à me gagner. Ce fût à "Le Petit Abergement" que je me gava de mes harengs à la sauce tomate. Je profita de l'occasion pour passer un coup de fil an Alsace chez Laurent R. Avant de reprendre la route, il me fallait me débarrasser de ma boite de sardine usagée, mais pas moyen de trouver une poubelle. Je m'adressa donc dans un restaurant.

Les Abrets, (lieu théorique de ma nuit) était encore loin et la lassitude me gagna peu à peu. J'emprunta une nationale où la circulation trop intense m'obligea à trouver refuge sur des départementales aux lacets qui ne finissaient pas et au détours sans cesse plus accablants. Le ras le bol me gagna peu à peu surtout quand je regardais les panneaux d'indications kilométriques ainsi que ma montre qui affichait sans cesse une altitude inférieure à celle de mon point d'arrivée. Les lignes droites de 3 ou 4 km en faux plat en montée me contraignaient à ne plus que regarder mes pieds, faisant abstraction du compteur et de la carte. Enfin arrivé aux Abrets, je me dirige vers le camping 2 km en aval de la ville coté est. Et là on me propose une nuit à 103 francs puis à 73 francs. Leur avouant ouvertement que leurs prix atteignent les premières chambres d'hôtes, je retourne sur les Abrets (2 km de montée) et je fis halte dans un supermarché pour faire quelques emplettes. Encore 5 kilomètres et le lac du Paladru se profile devant moi avec un camping fort plus honnête que le précédent pour m'accueillir pour la nuit.

Temps : 10h00   Moyenne : 19,9 km/h
Distance : 149,9 km   Total : 513,1 km


Etape 5 Dimanche 09 Juillet 1995   LAC DU PALADRU (38) - CREST (26)

Extrait de carnet :

Après une petite nuit dont la cause est une jeunesse irrespectueuse, je me remet en selle pour un parcours qui se profile plus simple que la veille. C'est le cas, si ce n'est une chaleur encore plus marquée et une fatigue accentuée. Un bon repas : steak frites et dodo à Crest.

N.B. Mon arrivée à une heure moins tardive que les jours précédents me permet d'accorder un peu de temps à mon courrier. Je rédige mes cartes postales sur un rocher, les pieds baignant dans la Drôme.

Temps : 6h31   Moyenne : 22,3 km/h
Distance : 117,5 km   Total : 632,9 km


Etape 6 Lundi 10 Juillet 1995   CREST (26) - MONTBRUN LES BAINS (26)

 


 

Extrait de carnet :

Comme à l'accoutumé je me lève vers 6h30 afin de faire un petit brin de toilette et de chercher de quoi me faire un petit déjeuner.

Je plie mes affaires alors que le ciel légèrement voilé laisse tomber quelques gouttes.

Direction Dieulefit. Ca grimpe sec ! Les paysages grandioses détournent mon attention à telle point que les montées se grimpe facilement. La route est sympathique et traverse des petits villages pittoresques très charmants.

C'est ainsi toute la journée jusqu'à Faucon (lieu où je devais passer ma nuit). Cependant, le camping n'étant pas dans la direction de mon escapade bleues, je décide de me trouver un camping plus loin.

Le prochain camping est 26 km plus loin après le Mont Ventoux.

Une étape longue, trop ensoleillée !

Temps : 9h17   Moyenne : 18,7 km/h
Distance : 136,6 km   Total : 772,7 km


Etape 7 Mardi 11 Juillet 1995   MONTBRUN LES BAINS (26) - GREOUX LES BAINS (04)

Extrait de carnet :

Dans deux jours j'aurai presque atteint mon but. Après un bon petit déjeuner, une petite activité lessive, je range mon matériel. Cette nuit une bestiole est venue fouiner dans mon garde manger ; il était 1h du matin ! Merci la nature !

Départ de Montbrun, il est 9h. Le ciel nuageux empêche le soleil de taper trop fort. Un petit vent frais souffle, c'est le pied. Les émissions radios sont d'une qualité lamentable et c'est vite très énervant. Ce qui fait que je roule en solitaire avec seul le chant des grillons ou des cigales (je n'en sais rien !) comme moyen de briser le silence. Cela ne me convient guère très longtemps. Je me lasse vite de ces bruits monotones d'un paysage sans cesse répétitif à l'odeur de lavande. C'est certes très joli, mais quand on sait que la mer vous attend quoique ce soit plutôt le contraire, on a envi que ça finisse vite. De plus un vent contraire semble vouloir vous freiner dans votre avancée ce qui ne gonfle en rien le moral. L'étape du jour se finira donc là où elle fût prévue, c'est à dire à Gréoux Les Bains où une piscine fait office de mer pendant une petite demi-heure.
Temps : 5h50   Moyenne : 20 km/h
Distance : 93,9 km   Total : 868,6 km


Etape 8 Mercredi 12 Juillet 1995   GREOUX LES BAINS (04) - SAINTE MAXIME (83)

Extrait de carnet :

Départ de Gréoux Les Bains. Il est tôt, l'air est encore frais et le camping sommeil encore. Le temps de me chercher une petite baguette pour mon petit déjeuner et mon déjeuner et je recommence ma manoeuvre habituelle qui est celle du remballage. Je me remet en route avant que le soleil ne tape trop fort. La route est sympa et très roulante. A tel point que mon arrivée au Muy est à 13h00.

 

Dès le petit matin, je m'interrogeais quant à la terminaison et au point final de mon aventure. Dormirai-je au Muy ou continuerai-je sur Sainte maxime. La première proposition me permettrait de surprendre le soleil à son levé au-dessus de Saint Tropez, de plus l'effet de surprise chez mes cousins serait plus fort. Cependant, le fait de trouver un camping au Muy et de payer une nuit quasi inutile, ajouté à ça l'empressement du but presque atteint, je décide de poursuivre ma route jusqu'au lieu de mes vacances.

Après avoir pris mon déjeuner (2 pêches, 2 tomates = 3,5 F !), je repars pour l'effort ultime. La route du Muy est dangereuse et très fréquentée. Sans cesse des panneaux vous incitent à la prudence, ce qui n'est pas sans m'inquiéter un peu. Il fait très chaud à cette heure-ci et le col de Gratteloup semble ne jamais se rapprocher. Enfin une amorce de descente et je vois Sainte Maxime sans avoir encore vu la mer. Déjà je reconnais les rues, le port mais la mer semble se cacher.

Enfin au détour du premier virage le long de la côte, les bâtiments s'effacent pour me laisser contempler le bleu azur de la mer. Un petit arrêt le long du trottoir s'impose, c'est alors qu'un citadin me demande (en riant) :

"Vous faites le tour de France ?"

Je lui répond que je viens de Strasbourg et qu'à cet instant précis je découvre la mer après 8 jours de solitude.

Je repars le long de la côte jusqu'à La Nartelle lieu de ma résidence. Une photo à la pointe des Sardineaux et mon arrivée est imminente. Je ne pense déjà plus à ce que j'ai vécu mais profite déjà de mes vacances.
Temps : 6h39   Moyenne : 21,8 km/h
Distance : 120,3 km   Total : 995,1 km


Remerciements

Je remercie ma très chère petite cousine pour m'avoir accueilli dans sa très belle villa et transporté mes caleçons, son Papa pour les Adelscott qui se marient à merveille avec le fromage, sa Maman pour m'avoir obligé à dormir avec mes deux petites cousines (...), l'infirmière du coin qui m'a emmené faire un tour en Golf GTI, Edouard pour sa première cuite au champagne, Antoine pour ses yeux ébahis lorsqu'il m'a vu...